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La fin de la captivité des dauphins grâce aux technologies interactives de réalité virtuelle

11 octobre, 2015

Ce texte est une traduction d’une interview publiée dans l’e-magazine tawanais Storm et dans le Standnews de Hong Kong.

Par KC Chau

The newly published book 'The Cove' (Dolphin Bay) in simplified Chinese

La fin de la captivité des dauphins grâce aux technologies interactives de réalité virtuelle.
Photo: Weibo

L a construction d’aquariums et de parcs à thème en Chine est en plein essor. Le public, très désireux de voir des spectacles de dauphins, a fait de la Chine le plus grand importateur de dauphins sauvages. De tous les dauphins capturés dans la petite baie de Taiji au Japon, connue sous le nom de ‘The Cove’, près de 30 % (soit plus de 200 animaux) sont exportés vers la Chine. Ainsi, l’industrie de la chasse au dauphin se poursuit sans relâche.

La Chine, devenue le premier marché de dauphins vivants du monde, a reçu, en avril dernier, la visite de Richard O’Barry, écologiste de renom et star du documentaire oscarisé The Cove, accompagné du journaliste suisse Hans Peter Roth, à l’occasion de la sortie de leur livre The Cove en version chinoise. Ils ont voyagé dans quatre villes chinoises pour faire la promotion du livre, notamment à Pékin et Shanghai, dans l’espoir d’accroître la sensibilité environnementale du peuple chinois et, par la même occasion, de réduire leur appétit pour les spectacles de dauphins.

Sasha Abdolmajid, un environnementaliste allemand indépendant, les accompagnait dans cette tournée promotionnelle et ils se sont rendus ensemble dans les aquariums du coin. Sasha a diffusé des photos qui illustrent les réelles conditions de détention des dauphins sur son site Ceta Journal, grâce auquel il espère attirer l’attention du monde entier sur la souffrance de ces animaux.

Lors d’une récente interview, Sasha partageait ses expériences en Chine continentale et ses positions sur l’Ocean Park de Hong Kong. Selon lui, l’Ocean Park, le plus grand parc d’attraction de la région, ne devrait pas se cacher derrière l’excuse de la conservation des espèces pour légitimer l’industrie de la captivité. Au lieu d’enfermer de vrais dauphins, il devrait essayer de développer des technologies de réalité virtuelle. Cela encouragerait également les autres delphinariums de la région à renoncer à la captivité.

Voici les moments clés de l’interview :

1) Êtes-vous inquiet face à l’essor de la construction de delphinariums dans la région ?

Sasha : Je suis très inquiet. L’ouverture de nouveaux delphinariums implique d’arracher d’autres dauphins à la nature. Ces parcs marins évoquent souvent l’intérêt pédagogique des spectacles, mais à n’en pas douter, ces allégations sont entièrement fausses. Les dauphins maintenus en captivité vivent dans un état de stress permanent, et les spectacles qu’ils sont forcés d’assurer ne font que renforcer leur mal-être. Il en résulte des troubles du comportement et d’autres affections qui mettent leur santé en danger.

2) L’Ocean Park de Hong Kong affirme qu’aucun de ses dauphins n’a été capturé en milieu sauvage et que leur maintien en captivité leur offre de meilleurs soins et une plus grande espérance de vie que dans la nature. Qu’en pensez-vous ?

Sasha : C’est tout simplement ridicule et c’est faux. Des études ont déjà montré que les dauphins en captivité ont une durée de vie plus courte. Dans la nature, les dauphins vivent en famille dans des groupes sociaux et peuvent nager librement sur des dizaines de kilomètres chaque jour. Au contraire, en captivité, leurs minuscules enclos limitent considérablement l’étendue de leurs activités. Parce qu’ils souffrent d’une présence et d’une proximité permanentes avec les autres animaux et les hommes, du bruit, de diverses infections et des pressions qu’ils reçoivent pour assurer les spectacles, ils ne vivent pas aussi longtemps que leurs congénères libres.

Des dauphins de Taiji enfermés pour distraire au Zoo de Pékin. Photo: Sasha Abdolmajid

3) Que pensez-vous des bassins des dauphins à l’Ocean Park de Hong Kong ?

Sasha: Les infrastructures sont de meilleure qualité que dans la plupart des delphinariums d’Asie du Sud-Est qui sont généralement minuscules, ce qui crée des conditions encore pires pour les dauphins. Néanmoins, quelle que soit la taille du bassin, il n’en reste pas moins une piscine d’eau chlorée, une prison pour les dauphins.

4) Depuis quelques années, les écologistes soutiennent ouvertement la campagne « Empty the Tanks » (vider les bassins, ndlr), quel impact pensez-vous que cela ait eu sur le bien-être animal dans cette partie du monde ?

Sasha : L’objectif de la campagne Empty the Tanks est très clair : il s’agit de fermer les delphinariums du monde entier pour que les dauphins ne souffrent plus de la captivité. La Suisse, le Royaume-Uni, la Norvège et la Croatie peuvent servir de modèles, puisqu’ils ne possèdent plus de telles infrastructures et, par conséquent, n’importent pas de dauphins. En 2013, l’Inde a également annoncé l’interdiction des spectacles de dauphins. Selon le gouvernement, la captivité des dauphins, qui sont des animaux extrêmement intelligents, pour le seul divertissement des hommes, devrait être considérée comme un comportement « immoral ».

5) Quelles solutions proposeriez-vous à l’Ocean Park ?

Sasha : En tant que parc d’attraction de premier plan dans la région, l’Ocean Park compte de nombreuses infrastructures de loisirs. Je pense que la fermeture de son delphinarium, l’Ocean Theatre, n’aurait pas d’impact sur le nombre de visiteurs. Au contraire, si une technologie de pointe est appliquée intelligemment pour créer du divertissement, il y a de grandes chances pour que cela plaise aux touristes, tout en agissant réellement pour la conservation. Par exemple, on pourrait proposer un spectacle de dauphins numérique et interactif, par le biais d’installations en 3D, pour remplacer les dauphins dressés et malheureux. Grâce à sa place de leader du parc marin, l’Ocean Park a les moyens d’innover et de servir d’exemple.

6) Comment le public peut-il contribuer ?

Sasha : C’est très simple. Où que vous soyez, n’allez pas dans un delphinarium. En plus du film The Cove, le livre du même nom a récemment été publié dans une version chinoise (la version en chinois traditionnel est disponible ici), et je pense que toute personne qui se soucie des dauphins se doit de regarder et de lire ces derniers. Je recommande également le film Blackfish. C’est un documentaire, sorti il y a deux ans, qui raconte comment une orque a attaqué et tué ses dresseurs dans les parcs américains SeaWorld, et met en lumière les traitements cruels que ces orques subissent.

Ce film a provoqué un énorme tollé aux États-Unis. Il y a quelques mois, Harry Styles, un membre du groupe One Direction, a exhorté ses fans à boycotter SeaWorld. Les dernières données disponibles montrent que les bénéfices de SeaWorld ont chuté de 84 % au cours du dernier trimestre et que l’action a perdu plus de la moitié de sa valeur.

Je crois que ces informations peuvent changer l’état d’esprit des gens et les encourager à s’opposer à la captivité et aux spectacles de dauphins.

Article original : Storm e-magazine et Hong Kong Standnews

Traduction française par Stella Ville et David Delpouy

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